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Culture - 05/01/2009

Audiovisuel public : chronique d’une paupérisation annoncée - 05/01/2009

C’était lors de ses voeux. Au détour d’une phrase, le président de la République annonçait la fin de la publicité dans l’audiovisuel public. Moins de deux mois plus tard, France Télévisions perd déjà 20% de ses recettes publicitaires et des rumeurs persistantes prévoient le démantèlement de France 3, au profit d’un partenariat privé avec la presse quotidienne régionale.

«Je souhaite (…) que l’on réfléchisse à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques». Cette annonce a fait le tour de toutes les rédactions en un temps record, mais une chose est sûre : elle n’a pas été accueillie partout de la même manière. Le 8 janvier dernier, Nicolas Sarkozy a réussi son effet de style : l’annonce de la fin de la publicité était, dit-on, une surprise non seulement pour les médias, mais aussi pour le gouvernement. Et pour cause, le matin même, Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, affirmait sur France Inter que les ondes de Radio France seraient bientôt ouvertes à la publicité. Mais alors, pourquoi provoquer un tel séisme dans le paysage audiovisuel français (PAF) et à qui va durablement profiter cette réforme ?

Situation à l’italienne

Est-il encore nécessaire de rappeler que Martin Bouygues et Arnaud Lagardère sont les « frères » d’adoption du président ? Laurent Solly, le directeur adjoint de la campagne du candidat Sarkozy, a été nommé à la direction générale de TF1. Les services de communication de l’Élysée et de Matignon ont recruté des journalistes reconnus (Catherine Pégard du Point, Myriam Lévy du Figaro) et ainsi de suite… « Le système est bien en place. C’est une situation à l’italienne. Berlusconi à la grande époque n’aurait pas fait mieux »,analyse Didier Mathus, député socialiste spécialiste des médias. Le climat allait donc dans le sens de cette annonce. Pour Nicolas Sarkozy, le service public prend encore trop de place : 35% du PAF et surtout une rédaction libre, dont il supporte mal les attaques. Souvenez-vous de ce journal sur France 3 où, à la suite d’un sujet, Sarkozy, alors candidat, avait affirmé avoir vu beaucoup de reportages malhonnêtes mais que celui-ci était le summum du genre ! Un bel exemple de son rapport malsain aux médias : de la communication oui, de l’information non. France Télévisions doit donc être affaibli. Au point même que le très discret Premier ministre, François Fillon, affirmait récemment sur RTL : « Je ne vois pas la différence entre la télé publique et la télé privée ». Une remarque que le groupe public a appréciée au point de faire parvenir à Matignon,selon le quotidien Le Monde, un DVD du téléfilm Guerre et paix, produit par France Télévisions !
Pour Stéphane Pellet, délégué national du PS aux médias, « à l’évidence, cette idée a été vendue à Nicolas Sarkozy pour déstabiliser la gauche ». Et pour cause,il y a plus de 25 ans, la gauche avait une approche encore trop « naïve » du financement à long terme du service public dans l’audiovisuel. Aujourd’hui, seule la LCR persiste et signe : c’est le seul parti qui propose encore « la fin de la pub ».

Trouver des ressources

Mais loin des querelles politiques se pose aujourd’hui la question du financement de l’audiovisuel public. Et les chiffres ne mentent pas : la redevance est une source de financement à hauteur de 1,9 million d’euros, et la publicité rapporte 800 millions d’euros chaque année. En sachant que la fin de la publicité supposerait une production de trois heures de programmes supplémentaires par jour,le coût s’élèverait à 400 millions d’euros supplémentaires par an. Le calcul est donc simple : à l’État de trouver 1,2 milliard d’euros. « On les trouvera », assurent les conseillers du président, faisant mine de ne pas avoir entendu Éric Woerth, ministre du Budget, préciser, le 29 janvier, que les caisses de l’Etat étaient « plus que vides »…

Annonce irresponsable

« Nous sommes même loin du compte, assure Stéphane Pellet. France Télévisions a pris beaucoup de retard dans son évolution vers le numérique. Le groupe a besoin de 300 millions d’euros pour faire face à la situation ».
Alors d’un côté, les parlementaires se réunissent au sein d’une commission - montée à la hâte, le 19 février, et présidée par l’UMP, Jean François Copé - pour débattre de l’avenir de l’audiovisuel public, de l’autre, les conseillers du président annoncent de nouvelles sources de financement. Ce serait une taxation supplémentaire des achats électroniques.
Pourtant, le Parlement européen, dans le cadre de la directive « Télévision sans frontières », rebaptisée « directive aux services des médias audiovisuels », a adopté récemment un article visant expressément à ce que les ressources prélevées sur de nouveaux supports s’ajoutent aux ressources existantes.
Pas de substitution, donc. Pour le député européen, Henri Weber, la transposition de cette directive risque de poser quelques soucis aux pouvoirs publics français : « Nous sommes dans une stratégie de paupérisation de l’audiovisuel public, et en attendant, les chaînes suspendent leurs productions. Cette annonce est tout simplement irresponsable».

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Ariane Vincent Le 20 février 2008

Le député PS Didier Mathus a estimé que le gouvernement demandait à France Télévisions "de se passer la corde autour du cou" en demandant à son PDG Patrick de Carolis d'appliquer la suppression partielle de la publicité le 5 janvier, avant l'entrée en vigueur de la loi.

Le gouvernement fait "le constat de son échec parlementaire", a déclaré à l'AFP M. Mathus en commentant l'annonce de la ministre de la Culture Christine Albanel.

"La résistance des députés socialistes a ruiné les espérances gouvernementales de faire appliquer ce projet en début d"année. Ils cherchent des solutions pour contourner cet échec parlementaire", a ajouté le député, l'un des porte-parole de son groupe contre la réforme de l'audiovisuel examinée à l'Assemblée.

Un temps envisagé par l'exécutif pour supprimer la pub dès le 5 janvier, le décret comportait "des risques juridiques", selon M. Mathus.

"Maintenant? on va demander à France Télévisions de se passer la corde autour du cou en s'appliquant avant l'heure la suppression des recettes publicitaires", selon lui.

Mme Albanel a indiqué lundi qu'"on (allait) demander à Patrick de Carolis" de décider la suppression partielle de la publicité, "à la demande du gouvernement".

Adopté vendredi à l'Assemblée, le principe controversé de la suppression de la publicité sur France Télévisions à partir du 5 janvier 2009 entre 20H00 et 06H00 doit encore être voté au Sénat en janvier.


Audiovisuel public français : La FEJ en campagne contre une ” catastrophe annoncée “ - 08/12/2008

La Fédération européenne des journalistes (FEJ), le groupe européen de la Fédération internationale des journalistes, a exprimé aujourd’hui son soutien à l’intersyndicale des journalistes de l’audiovisuel public qui prévoit une journée d’action au moment où le Parlement va débattre de la réforme voulue par le président Sarkozy et de la suppression de la redevance.

“Il s’agit d’un jeu de dupes: malgré les promesses du gouvernement et de la direction, le Parlement examine un projet de loi qui ne garantit ni le financement ni les emplois au sein du groupe France Télévisions et de l’audiovisuel extérieur ni les emplois au sein du groupe France Télévisions et de l’audiovisuel extérieur ” , a déclaré le président de la FEJ Arne König. ” Si en plus de Parlement donne son aval la nomination des présidents en Conseil des ministres, nous considérons cela comme la chronique d’une catastrophe annonce pour l’indépendance et la qualité du service public “.

Ce 25 novembre le Parlement français va débattre lors d’une procédure d’urgence du projet de loi visant notamment réglementer France Télévisons. Le projet de loi prévoit de réduire la publicité sur France Télévisions partir de janvier 2009 et de la faire disparaitre définitivement dès 2011. De plus, le gouvernement français essaye d’exercer un contrôle direct sur l’audiovisuel public en désignant directement les présidents de chaîne au détriment de l’indépendance des radio diffuseurs. Enfin, la direction de France Télévision a d’ores et déjà évoqué le chiffre de 900 départs la retraite ou de départs volontaires qui ne seront pas remplacés et l’on parle de centaines de suppressions d’emploi dans l’audiovisuel extérieur.

L’intersyndicale dont font partie les trois membres de la FEJ -le SNJ, SNJ-CGT et la CFDT-F3C-, appelle l’ensemble des salariés du secteur public audiovisuel (radio et télévision) à cesser le travail pendant 24 heures le 25 novembre 2008. L’ensemble des collègues français, journalistes et travailleurs des médias, organise également une manifestation devant l’Assemblée nationale Paris dans l’après-midi du 25 novembre.

” Ce qui se passe en France est symptomatique de la situation de l’audiovisuel public en Europe: incertitudes financières, menaces sur la qualité et l’indépendance, précarisation des conditions de travail ” a déclaré Arne König. ” Nous devons battre en brèche les discours de bonnes intentions et faire face la réalité: si l’audiovisuel public se meurt, la profession et le public doivent se mobiliser. L’information est un véritable service public et il incombe aux autorités de garantir son bon fonctionnement en même temps que la qualité “.

Face aux menaces qui pèsent sur l’avenir de l’audiovisuel public français, la FEJ invite ses organisations membres à exprimer leur soutien aux collègues français en envoyant leur message de solidarité à la fois aux syndicats et l’ambassade France de leur pays respectif. La FEJ rejoint dans ce sens la campagne effectue par EURO-MEI.

La FEJ représente plus de 250000 journalistes dans plus de 30 pays d’Europe

Vers la fin du service public audiovisuel régional ? - 04/12/2008

La réforme de l’audiovisuel public actuellement en débat au parlement ne prévoit pas de changements spécifiques aux rédactions locales de France Télévision et de Radio France. Par contre, des réformes internes aux deux services publiques inquiètent les syndicats, d’ autant plus que dans la cacophonie du débat national mené à la hussarde par la majorité, elles craignent de ne pas se faire entendre.

FIP : fini les locales

Depuis le 4 avril, les personnels des locales de FIP (FIP Strasbourg, FIP Nantes et FIP Bordeaux) sont sur la sellette. En effet, la direction de la chaîne a décidé de supprimer les deux tiers des décrochages locaux - passant de 12h30 à 4h00 par jour. Face à la fronde des salariés, des auditeurs et des élus locaux (y compris UMP), la direction de Radio France a lâché du lest fin septembre en accordant deux heures de décrochage en plus de 11 à 13h00. FIP Paris, quand à elle, disparait totalement et devient FIP national !

Au final, Nantes, Bordeaux et Strasbourg perdent 6h30 de programmes culturels locaux par jour. Cette réforme a des conséquences désastreuses sur les associations locales notamment dont les spectacles, expositions et ateliers publics étaient annoncées par FIP.

Visiblement, Jean-Paul Cluzel, P-DG de Radio France prend la RGPP à son compte. C’est un très bon point pour lui s’il ne veut pas être révoqué par Nicolas Sarkozy, son futur supérieur hiérarchique direct.

France 3 régionales : les rédactions sur la sellette

La réforme de l’audiovisuel public ne vise qu’à supprimer la pub après 20h00. Logiquement, le groupe France Télévision (future entreprise unique) cherche à « faire le plein » de publicités avant l’heure fatidique. C’est aussi le cas sur France 3, dont l’édition du soir, le 19-20 commence comme son nom l’indique à… 19h00.

Résultat : Le décrochage régional aura lieu à 18h37 (au lieu de 18h40) il y aura 5 minutes de publicité entre 18h50 et 18h55, et le JT commencera à 18h55.

Ce décalage peut sembler anecdotique, mais c’est un bouleversement pour un public attaché à ses habitudes et à « son » 19-20. Car la relation des Français avec leur chaîne régionale est particulière : dans certaines régions, le JT régional de la « 3 » fait plus d’audience que celui de TF1 ! Le maillage du territoire opéré par la chaîne est sans équivalent : 4537 employés dont 1383 journalistes couvrent l’ensemble du territoire métropolitain au sein de 24 rédactions régionales via 38 éditions locales.

France 3, c’est 133 éditions d’information différentes par jour sur tout le territoire. C’est aussi le plus grand parc de caméras d Europe ! Une vraie mission de service public.

Les rédactions régionales et locales de France 3 sont déjà étranglées – et ce depuis de nombreuses années – par des réductions de postes et des non remplacements et fonctionnent à flux tendu. Avec la réforme et la rigueur budgétaire qui s’annonce à cause de la suppression de la pub après 20h00, on voit mal comment France 3 en région va supporter de nouvelles saignées.

France 3 Régions est bien plus qu’une chaîne de télé. Il s’agit dans la plupart des régions du seul canal d’information télévisé qui traite de l’actualité locale et qui soit fiable. C’est le seul relais d’information pour les politiques, les syndicats, les associations, les professionnels au niveau local.

La proposition de supprimer le journal national de France 3 faite par des députés UMP rajoute à la confusion sur les intentions réelles de la majorité, d’autant plus qu’elle a refusé un amendement socialiste visant à nommer dans la nouvelle loi chacune des chaînes du groupe. En clair, la direction de la future France Télévision (entreprise unique) pourra supprimer une chaîne de son panel en toute légalité.

Lorsque l’on pense que le directeur de France Télévision sera nommé (et révoqué) par Nicolas Sarkozy, et que l’on sait l’estime qu’a ce dernier pour la troisième chaîne, on se dit que les journalistes des régionales ont du souci à se faire.

Les Français aussi.

Culture en danger : Lettre ouverte à Madame ALBANEL - 15/04/2008

Lettre ouverte à Madame ALBANEL
Ministre de la culture et de la communication


Paris, le 15 avril 2008


Madame la Ministre,

Vous avez pris l'initiative d'organiser les « Entretiens de Valois » sur le spectacle vivant, à la suite de la demande d'un « Grenelle de la culture » formulée par les organisations professionnelles de ce secteur.

Ces rencontres, qui associent les syndicats d'employeurs et de salariés et les organisations professionnelles du spectacle vivant ainsi que les associations représentatives des collectivités territoriales, ont lieu dans un contexte qui suscite de très nombreuses interrogations et craintes sur le devenir de la politique culturelle de l'Etat, largement exprimées par les artistes, les responsables d'institutions culturelles, les élus locaux, les associations culturelles. Les différents mouvements de mobilisation et de protestation engagés par les artistes et responsables culturels comme aussi par les agents de votre ministère l'attestent sans ambiguïté.

Cette politique a été construite au fil des ans depuis le début de la Vème République, en s'appuyant sur la richesse de notre patrimoine comme sur les capacités de création et d'innovation des artistes, et a largement contribué au développement culturel de la France, au point d'être souvent considérée comme un modèle par d'autres pays. Cependant, elle est aujourd'hui en danger: tel est le sentiment ressenti par beaucoup d'acteurs de la vie culturelle, et nous le partageons.

Certes, nous sommes pour notre part pleinement convaincus que cette politique doit être à présent profondément repensée pour tenir compte des mutations de la vie culturelle et artistique ainsi que de l'évolution de son environnement économique, social et technologique. Mais cette nécessaire transformation doit s'effectuer dans le souci de relance de l'action publique en faveur de la culture plutôt que de son désengagement, de défense et de promotion du service public plutôt que d'appel aux forces du marché, de mobilisation de toutes les énergies et de reconnaissance de toutes les capacités d'initiative plutôt que de transfert des responsabilités et des charges aux collectivités territoriales, destinées à suppléer aux carences d'un Etat nécessiteux.

En premier lieu, la logique financière à l'oeuvre depuis plusieurs années est celle de la réduction de l'effort culturel de l'Etat. Le budget 2008 de votre ministère ne déroge pas à cette règle : affiché par vous en hausse de 3,2%, il est en fait en quasi stagnation s'agissant de son pourcentage effectif d'augmentation, donc largement en baisse réelle compte tenu de l'inflation. C'est en particulier le cas dans le spectacle vivant. De surcroît, la « rallonge » de 34,8 M euros que vous avez annoncée n'est nullement un supplément de moyens, mais un « dégel » de crédits gelés, et sa répartition fragilise particulièrement les petites structures, privées brutalement de subventions de l'Etat, et obligées alors de se retourner vers leurs partenaires de proximité, les collectivités territoriales.

En second lieu, la RGPP frappe de plein fouet votre ministère. Sous prétexte de meilleure efficacité de l'Etat, il s'agit ni plus ni moins que de son resserrement, de la réduction de son rôle, en définitive de la menace de remise en cause de ses missions fondamentales, et ce dans le seul souci d'économies comptables et de réduction du nombre des fonctionnaires. De plus, la nécessaire concertation qui devrait présider à un tel exercice, tant avec les personnels qu'avec les professionnels des différents secteurs culturels, paraît, à en juger par leurs réactions, singulièrement défaillante. Au terme de ce processus gît le risque d'un très grave affaiblissement de l'administration culturelle.

En troisième lieu, la lettre de mission que vous a adressée le Président de la République a suscité une large et légitime inquiétude. Sous prétexte de « popularité » des interventions publiques, elle oppose facticement objectifs de soutien à la création et conquête des publics, expérimentation de nouvelles formes artistiques et fréquentation, et privilégie le financement privé de la culture. Cette feuille de route, qui officialise « l'obligation de résultat », mais ne fait jamais référence à l'art comme outil critique et à la culture comme facteur d'émancipation, est clairement en rupture avec l'inspiration noble et exigeante qui a présidé à la création du ministère avec André Malraux, et a guidé les plus belles aventures artistiques de ces dernières décennies.

En quatrième lieu, les collectivités territoriales sont aujourd'hui les principaux financeurs de la vie culturelle, tout particulièrement dans le spectacle vivant. Le poids croissant du soutien à la vie culturelle leur revient, alors même que la loi de 2004 sur les libertés et responsabilités locales dévoie la décentralisation, en organisant la défausse de l'Etat sur l'échelon local des missions qu'il ne veut plus assumer, et l'accroissement des tâches de celui-ci sans transfert correspondant de ressources nouvelles. La clarification des rôles des différents acteurs publics est indispensable, mais ne peut plus se faire avec comme seul impératif et comme unique conséquence l'alourdissement des charges des collectivités territoriales.

Dans un tel contexte, les objectifs que vous poursuivez dans le cadre des « entretiens de Valois » doivent être impérativement éclaircis. S'agit-il de relance de l'action publique ou de régulation de son repli ? S'agit-il de coopération des collectivités publiques ou de dévolution nouvelle de missions au niveau décentralisé ? S'agit-il d'accompagner le développement de la vie culturelle, dans son foisonnement et sa diversité, ou de réduire le nombre et le montant des interventions de l'Etat, sous prétexte de lutter contre le saupoudrage?

Dans un tel contexte aussi, nous croyons devoir formuler solennellement auprès de vous un certain nombre de demandes, qui font écho aux grandes questions que se posent les acteurs de la vie culturelle. Elles appellent à notre avis des réponses très précises, que nous proposons de présenter aux partenaires de cette concertation que vous avez initiée.

- Nous demandons que la lettre de mission du Président de la République soit révisée, afin de constituer la base d'un vrai renouvellement de la politique culturelle, fidèle à l'esprit qui l'a jusqu'ici animée, conforme aux attentes tant des professionnels que des populations, et articulée sur le développement des territoires. Acceptez vous de relayer cette demande auprès des plus hautes autorités de l'Etat?

- Nous demandons que le processus de la RGPP appliqué au ministère dont vous avez la charge fasse l'objet d'un moratoire de six mois, afin d'une part que la sérénité souhaitable préside à sa mise en oeuvre, d'autre part qu'une concertation approfondie puisse s'engager avec les personnels et les acteurs de la vie culturelle sur le devenir de l'administration culturelle. Aux seuls objectifs de productivité et d'économie qui prévalent aujourd'hui, doit s'ajouter une réflexion sur les contenus des politiques publiques et les modalités d'accomplissement des missions de l'Etat. Donnez-vous votre accord à un tel moratoire?

- Nous demandons une véritable relance de la politique d'éducation artistique et culturelle, objectif que les récentes mesures annoncées par vous-même et le Ministre de l'Education ne satisfont en aucune façon. Le partenariat artistes/enseignants est remis en cause, les dispositifs favorisant la pratique artistique se réduisent comme une peau de chagrin, le financement est renvoyé sur les parents d'élèves et, une fois de plus, les collectivités locales. Prenez vous l'engagement d'obtenir de Mr Darcos une nouvelle concertation visant à la généralisation de l'éducation artistique à l'école, qui, décidée en 2000, a été de fait abandonnée au fil des ans?

- Nous demandons la poursuite de la coopération de l'Etat et des collectivités territoriales sur de nouvelles bases, rompant avec la logique unilatérale à l'oeuvre, de désengagement financier de l'Etat, et ce tant sur un plan général qu'à celui de l'action culturelle. A cet égard, il nous apparaît qu'il faut repenser le processus de décentralisation, dès lors qu'il s'agirait de proposer de nouveaux transferts de responsabilités, doit à présent être institué. Souscrivez-vous, dans le domaine de compétences qui est le vôtre, à un tel diagnostic, largement partagé par les élus locaux de toutes familles politiques, comme à une telle idée, qui en découle?

- Nous demandons que le budget de l'Etat consacré à la culture soit augmenté dans les années à venir -sans artifices de présentation- comme l'usage s'est hélas répandu lors des précédent exercices budgétaires- à la fois pour rattraper les crédits perdus depuis plusieurs années et pour répondre aux besoins croissants qui se font jour. Il ne peut y avoir de redéfinition des modalités d'aide, au principe de laquelle nous souscrivons, sans revalorisation du montant global des moyens alloués. La culture doit redevenir une priorité budgétaire. Pouvez-vous, au nom du gouvernement, en prendre l'engagement?

Nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre de la culture et de la communication, l'expression de notre haute considération.


Anne Hidalgo Claudy Lebreton

Secrétaire nationale Président de la FNSER
Culture et Médias Fédération nationale des élus
du Parti Socialiste socialistes et républicains


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