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Nos voisins de l'Ain : d'une Rive à L'Autre - 01/05/2007

D'une Rive à L'autre, l'association - 26/06/2006

D’une rive à l’autre

Le Mâconnais – Val de Saône à l’épreuve de la mondialisation
Saint-Laurent-sur-Saône – 26 juin 2006


J’ai le redoutable avantage de commencer le débat de cette soirée, que nous avons voulu monter crescendo : un conseiller général, un futur député, oui, c’est officiel, Christophe Greffet est le candidat choisi pour le combat des législatives, et enfin un député aguerri que chacun connaît et respecte : Arnaud Montebourg.

Je vous remercie tous d’avoir répondu présent ce soir. Je salue et je remercie Jean-Pierre Pagneux qui nous a réservé un accueil chaleureux ici à Saint-Laurent-sur-Saône. J’en profite pour dire à tous mes collègues élus des deux rives combien nous apprécions leur présence pour cette soirée d’échange et de réflexion commune. Quand à toi Arnaud, c’est avec grand plaisir que nous te recevons sur un territoire particulier, le Maconnais Val de Saône pour t’écouter sur les grands thèmes politiques qui te sont chers.

C’est une première pour l’association « D’une Rive à l’Autre » d’engager ainsi un débat citoyen sur les problématiques du territoire. Et pour une première, nous n’avons pas mégotté : cette soirée sur « Le Maconnais-Val de Saône à l’épreuve de la mondialisation », c’est d’abord l’espérance d’un débat de fond. Un débat sur des orientations politiques qui touchent tous les domaines de notre vie : l’emploi, l’économie, la protection sociale et la santé, le logement, les transports et bien d’autres sujets qui sont tous parcourus par les enjeux de la mondialisation.

On observera déjà une profonde différence qui nous oppose à nos parlementaires locaux d’où qu’ils soient. Au risque de paraître immodestes, nous cherchons à porter le débat public sur ces questions, pour que chacun puisse s’informer ou s’exprimer. Le vrai débat politique a besoin d’espace de réflexion et de confrontation d’idées. Quelques articles de presse sur la démocratie participative ne suffisent pas à la créer.

Après ce petit clin d’oeil au contexte, je souhaite maintenant poser les termes du débat. Dans une première publication que vous avez pu découvrir à vos places, nous avions tenté de définir ce que nous entendions par Maconnais Val de Saône : un territoire coupé en deux par sa rivière depuis toujours, à cheval entre de nombreuses limites administratives, communales, intercommunales, départementales et mêmes régionales. Lorsque nous nous évoquons ce territoire, nous choisissons plutôt la notion de bassin de vie, c’est-à-dire ce qui touche à la vie quotidienne de plus de 100 000 habitants. Des deux côtés de la Saône, quelque soit le département où on habite les sujets de préoccupation sont communs. Et les problèmes aussi.

Notre territoire à l’épreuve de la mondialisation, qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? D’abord constater qu’il est une réalité bien présente, c’est celle des échanges. A l’image d’Areva ou de Lamberet qui sont toutes deux des entreprises qui profitent pleinement des échanges mondiaux, tout en conservant leur forte assise locale. Ce qui est en cause dans cette « épreuve », telle que nous l’avons nommée, c’est plutôt le système ultralibéral qui accompagne cette mondialisation. A cet égard, les grandes entreprises françaises du Cac 40 n’ont rien à envier à leurs soeurs anglo-saxonnes. En 2005, les bénéfices de ces entreprises ont augmenté de 30%. Les dividendes de 27%. Pendant que le salaire de base a lui augmenté de 3% en 2005. C’est ainsi, pendant que les écarts de richesse se creusent, la moitié des Français gagnent moins de 1 400 euros par mois. 12% de la population française, soit environ 7 millions de personnes, vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour rappel, dans le monde, c’est près de 3 milliards d’habitants vivent aujourd’hui avec moins de 2 euros par jour.

L’ultralibéralisme financier a tellement dévoyé l’économie aux profits de la rente et du court terme, qu’il a ignoré les grands enjeux que nous avons à relever. Grands enjeux sur lesquels je voudrais dire quelques mots. Les problèmes fondamentaux de la planète proviennent directement du modèle ultralibéral : surconsommation des énergies fossiles, création exponentielle de déchets, effet de serre et pollution, disparition des terres arables et épuisement des ressources en eau, … Voilà les vrais enjeux de demain. Parmi ces questions, j’isolerai le réchauffement climatique, dont les conséquences se feront sentir sur l’agriculture, sur la sylviculture, et sur la viticulture. Quels arbres planter aujourd’hui lorsque la flore méditerranéenne pourrait être notre horizon en 2050 ? Quelle vigne ? Quelles céréales ? Autrement dit quelle nourriture ?

Autre sujet, la fin des énergies fossiles est programmée. Avant même cette disparition, c’est le prix du baril de pétrole qui sera décisif, au nom de la simple loi de l’offre et de la demande. Dès lors, quelles conséquences pour nos transports ? Nous nous écartons sans cesse de la ville pour vivre mieux, dans un cadre préservé et reposant. Chaque nouvelle infrastructure génère 10 à 20% de trafic supplémentaire et éloigne encore la périphérie du centre. En témoigne l’extension croissante du Grand Lyon dans notre bassin de vie, de chaque côté de la Saône. Des promoteurs privés s’arrachent les terrains, pour construire parfois sur 500m² seulement, prix du foncier oblige.

Mais si la mondialisation se domestiquait au profit de causes sociales et environnementales, si par exemple les accords de Kyoto étaient respectés, si la réduction des gaz à effets de serre se concrétisait, si le mieux disant social remplaçait le moins disant social, la mondialisation aurait alors tout son sens pour nous socialistes. Je veux en effet rappeler que toutes les calamités environnementales s’abattent d’abord sur les plus défavorisés : le coût de l’énergie et du transport, la sécurité alimentaire, les risques naturels, touchent toujours les plus modestes de plein fouet (Commission Action sociale).

Oui, ce scénario est terrible, mais je ne voudrais pas rester dans ce rôle de prophète de malheur et ajouter à la sinistrose ambiante. Il fut un temps antique, où l’on exécutait le messager porteur de la mauvaise nouvelle. J’espère que cela ne sera pas le cas ce soir. Croyez-moi, je ne souhaite pas jouer ce rôle ! Je préfère que nous nous emparions du sujet. Comment en effet se situer dans le champ de cette économie globalisée ? Comment concilier l’ économie et l’intérêt général ? Comment conserver les capacités de l’action publique sur les territoires ? Quelle est la place du Maconnais Val de Saône dans cet espace mondialisé ?

C’est en réalité un hymne à ces territoires que je voudrais vous adresser. Avec un beau défi à relever, un développement durable pour notre bassin de vie. Ce développement durable se situe au croisement de l'efficacité économique, de l'équité sociale et du respect de l'environnement. Il a pour objectif d'assurer le bien-être de tous, la préservation des richesses naturelles et la transmission d'une planète en bon état à nos descendants. Vaste programme, et immense responsabilité ! Le territoire face à la mondialisation n'est jamais vraiment " face ", mais plutôt " avec-contre " : il ne s’agit pas, au nom de l'anti-globalisation, de repli sur soi, bien au contraire. Nos entreprises, notre consommation de produits du monde entier, notre mode de vie économique et culturelle sont eux-mêmes partie intégrante de ce phénomène. Cette dimension "avec-contre" impose donc une dimension politique à l'organisation des territoires. Il faut en effet se questionner sur le moyen d'être militant à toutes les échelles de décision (région, département, ou commune) pour maîtriser ce réel qui nous échappe.

La décentralisation a été conduite avec brutalité et cynisme par un gouvernement qui brade la puissance publique. Pourtant ses derniers avatars ont confirmé le rôle des départements et des intercommunalités. La responsabilité de l'organisation du service public, et tous les aspects de la vie quotidienne, incombent maintenant aux autorités locales. Ces services publics ont un rôle majeur dans la défense contre l'emprise des empires financiers et pour la reconquête de la citoyenneté. Il est clair que dans ces conditions les villes et les territoires seront des acteurs économiques et sociaux majeurs. Parce qu’ils gèrent le réel, ils sont sans doute les mieux à même de trouver des réponses aux défis que je viens d’exposer. Dans un contexte de mondialisation, tous les problèmes qui se posent au niveau global se posent aussi au niveau local.

Il y a cependant bien des obstacles. D’abord les niveaux de gouvernance : l'Etat, les régions, les départements, les intercommunalités et l’agglomération, les communes ont chacun leur compétence et œuvrent dans leur coin. De même les domaines de la gestion locale sont trop cloisonnés : l'habitat, les transports, l'eau, l'environnement, l'agriculture, le développement économique et commercial sont traités isolément les uns des autres. Et chacun défend son pré-carré. Ajoutons une sphère publique qui souvent impose ses normes et ses règles, sans grand souci de dialogue et de partenariat. Et nous avons l’étendue du travail de réforme à conduire.

Pour penser la complexité, il faut "penser avec les pieds bien au sol", penser à partir de la réalité locale, quotidienne. Un exemple parmi d’autres : la question de l'eau. Nous vivons tous sur la même nappe souterraine dans laquelle nous puisons. Sous nos pieds, nos destins sont liés, la protection de cette ressource dépasse les limites administratives et départementales, puisque c’est la même nappe alluviale qui nous alimente. La gestion de l'eau est une illustration typique de ce partenariat nécessaire entre les différentes catégories d'acteurs. Et nous pourrions en dire autant pour les questions de logement, de transports, l’implantation d’entreprises, la sécurité.

Cette méthode doit s’appuyer sur trois piliers. D’abord une approche systémique dans le temps et dans l’espace : ce que nous faisons ici et maintenant a une influence sur ce qui se passe là-bas et demain... Prenons le problème de l’aménagement foncier par exemple : la population explose dans les communes périphériques de Mâcon. Des constructions individuelles en grand nombre nécessitent des équipements, des infrastructures et des services dans les communes. Ces mêmes communes voient donc leurs charges s’alourdir. Le prix du foncier augmente et l’accès à la propriété est plus difficile pour les plus modestes. Pendant ce temps, la population de la ville-centre baisse et s’appauvrit, et les risques sociaux s’accroissent, ce qui est préjudiciable à tous. N’y a t’il pas moyen d’assurer une cohérence de nos politiques ?

Deuxième pilier de cette méthode : l’approche critique de nos modèles de développement. Comment anticiper et prévoir les besoins énergétiques, réfléchir au logement, au transport, interroger nos modes de vie et de consommation...Posons-nous les bonnes questions : quelles conséquences sociales, environnementales de nos décisions ? Les outils existent, ils s’appellent études d’impact, bilans énergétiques, plans de déplacement urbain, schéma de cohérence territoriale, management environnemental, certifications, clauses sociales des marchés publics, ou agenda 21 ...

Enfin troisième pilier : la dimension éthique, qui doit être l’expression d’une solidarité des territoires, alors que le libéralisme économique préfère la compétition et la surenchère. On l’a vu pour l’eau, sans mauvais jeu de mots, nous sommes tous sur le même navire.

Pour conclure ce long exposé, et je vous remercie de votre patience, aucun des grands problèmes à résoudre, qu'il soit environnemental, social ou économique ne peut se traiter à un seul niveau de gouvernance. Qu’il s'agisse de développement économique, de lutte contre la pauvreté, d'habitat, d'éducation, de recherche-développement,.. seule une collaboration étroite entre les différents niveaux de gouvernance peut nous apporter des solutions. C’est tout l’objet de la démarche de l’association « D’une Rive à l’Autre». Nous devons penser un développement coordonné, créer une synergie des actions et des projets. Tout simplement, nous devons déjà nous parler, et nous écouter. Je vous remercie.




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