Hommage à un ami disparu - 02/07/2005
Hommage à Charles Rozand, parti trop tôt dans sa 75 ème année, grand monsieur et ami regretté
Charles,
C'est une immense peine pour moi en ce jour, et une lourde tâche de devoir exprimer, au nom de tes camarades du parti socialiste, et de la gauche toute entière, notre tristesse et notre accablement de te voir partir si tôt. Nous n'avons pas eu assez de temps pour nous connaître, et pourtant, nous avons fait déjà tant de chemin ensemble.
Parti, syndicat, président du Conseil de Prud'hommes, membre de nombreux conseils d'administration et d'associations, tu fus de toutes les luttes, de tous les engagements au service des plus faibles, au service de la justice sociale et de la solidarité, pour la défense des droits de l'individu, sans jamais parader, ni faiblir. Centre de soins infirmiers, association crématiste, tu fus aussi un fondateur, un créateur. Attaché à la défense de la représentation ouvrière dans l'entreprise, tu fus un combattant, dur à la tâche et pourtant bienveillant, accueillant. Moi qui commençais à peine la politique, tu as su m'accompagner en toute simplicité, me conseiller et m'aider autant que tu as pu, sans même sourire de mes enthousiasmes inconsidérés.
Après tout ce que tu avais fait pour les cantonales de 1979 au côté de Jean-Pierre Worms, les campagnes des législatives en 1981, et toutes les autres campagnes du Ps, fidèle à tes principes et à tes convictions, tu as accepté d'être Président de mon Comité de soutien. Je ne t'ai jamais assez remercié de ta confiance. Comme je me rappellerai de ce soir du 28 mars 2004, où nous avons partagé une joie immense, résultat du travail commun, de l'aspiration profonde à un monde plus humain et plus juste que tu chérissais tant. C'est ces moments-là que je souhaite conserver de toi, un regard finement posé sur les choses, la gentillesse et la droiture, l'engagement jusqu'au bout.
La politique dans ce qu'elle a de plus noble a guidé tes pas tout au long de ta vie, tu as combattu, perdu et gagné. Quelqu'un a dit "Nous n'avons pas l'éternité pour réaliser nos rêves, seulement le temps que nous passons ici-bas." Tu as consacré chaque jour de ton existence d'homme à oeuvrer pour les autres, sans doute au détriment d'une vie plus tranquille et plus douce. A cet instant, nous avons une pensée pour ceux que tu laisses en chemin, ton épouse Marguerite, tes enfants, et ta famille. Nous sommes à leur côté dans cette peine qui les accable, et nous leur exprimons notre admiration pour toi et la fierté que nous ressentons d'avoir cheminé à tes côtés.
Charles, tous tes camarades ici présents te saluent, toi le lutteur infatigable, l'homme d'engagement et de conviction. En souvenir de toi, nous essaierons d'être à la hauteur de tes espoirs de justice, de paix et de solidarité. Bien à toi, mon cher Charles. Où que tu sois, tu guideras nos pas.
8 Mars : Journée des Droits des Femmes - un hommage - 08/03/2005
J’ai voulu ces quelques lignes non pas comme un pensum de circonstance, mais pour rendre compte à ma manière des engagements qui nous lient au fond tous, hommes et femmes, en face des préjugés, des brimades et des oppressions. En ces temps de retour des conservateurs, des préjugés sexistes, ces frémissements de la Réaction, il est bon de se trouver des racines, des modèles et des repères dans la lutte. Voici les miens. Ils guident parmi d’autres mon combat politique. N’y voyez pas trop d’impudeur, juste un hommage sincère.
Ma grand-mère, Renée, résistante déportée, a survécu dans le dénuement total à Ravensbrück puis à Mauthausen. Des camps, elle a rapporté un profond respect pour chacun. Mais il y avait toujours dans un tiroir des pilules pour combattre les cauchemars. Et je me souviens de cette lueur d’alerte dans ses yeux devant les mouvements de foule, les manipulateurs et les actes violents. Elle m’a appris la sauvagerie des hommes : « N’oublie jamais que c’est encore possible ».
Ma mère, Denise, dans une famille de modèle patriarcal, a été la seule de toutes les filles à s’émanciper, à briser toutes les barrières qui l’empêchaient de conduire sa vie de femme pleinement. Elle s’est affranchie des modèles touts faits et à force de conviction et d’ engagement au service des autres, elle a pu exercer un métier et le réussir en dépit des préjugés et des messages culpabilisants de sa jeunesse. Elle m’a démontré la force de la conviction.
Madame Béchet, professeur de français, m’ a donné le goût des livres et des auteurs, des délicatesses de la langue. Elle nous a ouvert les portes de la culture, nous a autorisés à être nous-mêmes en nous accordant la liberté incroyable et fondamentale de nous lancer dans nos premiers textes. Femme elle aussi d’engagement, elle a permis nos premiers débats et nous a fait découvrir les écrits politiques des écrivains contemporains. Elle a partagé avec nous la valeur de l’argumentation.
Aung San Suu Jyi, prix Nobel de la Paix, lutte toujours malgré les provocations et la haine des militaires birmans, pour la fondation d’un régime démocratique dans son pays. Prisonnière de nombreuses années, soumise à toutes les brimades et les humiliations, elle a résisté à la peur et à la tentation de la fuite. Sa détermination et la force inexorable de sa non-violence ont eu raison de ses geôliers. « Si vous voulez la démocratie, vous devez en démontrer les principes.» Elle a prouvé la puissance de la tempérance.
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